ou comment dans la vie tout est compliqué

C’était une belle journée à la mer. Il faisait bon mais pas trop chaud. L’enfant était en vacances chez ses grands-parents, nous avions le temps. Nous avons décidé de fuir la canicule rennaise pour nous réfugier sur notre plage préférée à Dinard et profiter de l’air marin. C’était un lundi et nous passions vraiment une excellente journée.
On était là, tous les deux sur un banc en train de manger une crêpe au Nutella. C’était presque romantique mais en vrai on tentait de ne pas se faire repérer par un goéland voleur de goûter tout en discutant et en observant les gens sur la plage (aka ma passion). Juste devant nous, une mère avec ses deux enfants s’arrêtent. La petite fille devait avoir l’âge de Lou, entre 5 et 6 ans et le petit garçon environ 3. Il demande à sa mère s’il peut enlever ses chaussures pour marcher dans le sable, elle acquiesce et le voilà qui tente de les enlever tout seul. Il galère clairement. Sa grande sœur qui avait déjà retiré les siennes, vient alors vers lui pour l’aider et les lui tenir afin qu’il marche plus facilement.
Et là. Les larmes. Je suis submergée par des larmes qui n’en finissent pas de couler…

Le geste de cette grande sœur pour son petit frère à réveillé en moi le deuil du deuxième enfant. Car nous n’aurons pas de deuxième enfant. Malgré une forte envie que nous partageons mon mari et moi, nous savons tous les deux que cela ne serai que pure folie. Pour notre couple, pour notre santé mentale surtout, pour nos finances aussi.

C’est un choix de raison et j’ai l’impression que c’est encore plus dur… Si seulement l’un de nous deux n’en avait pas envie, peut-être que ça serait plus simple à accepter ?
Et puis il y a surtout notre fille, qui, depuis qu’elle sait parler nous demande un frère ou une sœur. Et c’est un déchirement que de lui répondre inlassablement non, nous n’aurons pas de deuxième enfant, qu’avoir un autre enfant mettrait en péril notre famille, notre équilibre, que nous sommes heureux ainsi, que les problèmes de santé de son papa nous freinent, que ma santé mentale ne tiens qu’au fait qu’elle soit toute seule, mais il n’y a rien à faire, elle veut un frère ou un sœur. Et je sais pertinemment que l’on ne fait pas un deuxième enfant pour faire un cadeau au premier, je ne peux pas m’empêcher de culpabiliser. C’est dur de devoir lui répondre que non, elle ne m’aidera pas assez, que non, elle ne se lèvera pas la nuit pour lui donner le biberon, que non, elle ne pourra pas nous donner ses sous qui sont dans la tirelire pour payer la nounou, que non elle n’aura pas de frère ou de sœur. Dimanche matin, j’ai encore dû avoir cette conversation avec elle, elle à fini par abdiquer en murmurant “je comprends maman”. Je ne sais pas si elle comprend vraiment mais j’ai été si triste de briser son rêve de grande sœur.

Bien-sûr qu’on ne fait pas de deuxième enfant pour combler le premier. Les enfant ne sont pas des offrandes (enfin, il me semble qu’on ne fait plus ça depuis longtemps). On ne fait pas non plus de deuxième enfant pour réparer une première grossesse pas ouf, un accouchement traumatique, ou une dépression du post-partum. Non. Enfin peut-être que certain.es le font mais cela ne me semble pas être une solution qui me convienne. J’aurai trop peur de devoir payer une thérapie aux deux enfants qui durerai toute leur vie.
Avant que je ne tombe enceinte de Lou, nous nous étions posé la question de s’il fallait ou non avoir un enfant dans ce monde. Et la réponse, aussi irrationnelle soit-elle, s’était imposée à nous. Oui, nous voulions un enfant. Même si le monde se déchire, même si tout part à vau-l’eau, nous voulions un enfant dans notre tripes.
Et puis il y a eu l’accouchement, le COVID, le RGO, la dépression du post-partum, l’angiome cérébrale de mon mari qui l’a rendu épileptique, son burn-out, le diagnostique du TDAH puis celui de l’autisme, la gestion de la librairie… Toutes ces choses rationnelles qui nous hurlent “DANGER” dés que l’on évoque cette possibilité. Mais dans notre cœur, il y les souvenirs déjà lointain de ses babillements, de son odeur de petit chat, de ses petits couinements, de ses premiers pas, de ses premiers mots… Et surtout, je me rends compte, l’envie de ne pas la laisser seule. Est-ce que j’ai peur qu’elle s’ennuie ? Pas tellement, j’ai été fille unique pendant 8 ans et je n’ai aucun souvenir allant dans ce sens. Et puis avoir un frère ou une sœur vaccine-t-il forcément de l’ennui ? Est-ce que j’ai peur de vieillir et de la laisser seule ? Un peu, même si j’espère mourir dans suffisamment longtemps pour lui avoir laissé le temps de se créer son propre cocon. Et puis en vrai, la vieillesse et la mort des parents peut aussi alimenter de nombreux conflit dans une fratrie (héritage, placer ou non ses parents en structure, certain.es s’en occupent plus etc.).

Maaaais, est-ce que c’est moi qui pense vraiment ça ou bien toute la société qui me pousse à faire un deuxième enfant ? Manu déjà, qui veut nous pousser au réarmement démographique sans nous donner aucun moyen (en vrai le prix d’une ASSMAT et la galère d’en trouver une peu être à lui seul un argument), et aussi toutes ces choses que l’on entend sur les enfants uniques. Qu’ils seraient socialement inadaptés, qu’ils ne sauraient pas partager, qu’ils seraient trop gâtés. Très peu de choses circulent quand aux avantages de vivre sans frères et sœurs. Il existe plein d’étude qui démontrent que ça n’est franchement pas si pire mais j’ai souvent goûté aux grimaces à peine dissimulées quand j’annonçais que mon seul enfant à 6 ans bientôt… Et puis j’ai l’impression que les relations de fratries sont souvent trop idéalisées. Tout le monde n’a pas de relation fusionnelle et formidable avec ses frères et sœurs. Arrivé à l’âge adulte, beaucoup de relation s’étiolent et ne sont plus qu’anecdotiques. Pourtant, ma relation avec mes sœurs est précieuse. Et même si dans l’enfance ça n’était clairement pas ça (et même pire que ça pour être honnête), arrivée à l’âge adulte je mesure ma chance. Mais avoir un deuxième enfant est loin d’être évident. Je pense au final que ce qui rend ce choix si compliqué c’est ce qu’elle ressent elle. Je pense que j’arriverais assez bien à être aligné si elle n’avait pas particulièrement envie d’avoir un frère ou une sœur.

La littérature jeunesse ne m’aide pas du tout. J’ai cherché des livres sur le sujet de l’enfant unique et cela n’existe pas. Il n’y a pas d’histoires pour le valoriser. Il n’y a pas d’histoire pour expliquer pourquoi ça n’est pas toujours une bonne idée d’avoir d’autres enfants. Pourquoi ça peut-être chouette de ne pas avoir à partager ses parents, à supporter un autre enfant qui pleure souvent et monopolise leur attention. On trouve pourtant des livres sur la GPA, sur la PMA, l’adoption, la prématurité… Pourtant les enfants uniques représentent 20% des familles et on sait qu’il pèse sur eux beaucoup de préjugés d’enfants-rois-capricieux-égoïstes-malheureux-qui s’ennuient.
Alors, à quand des livres sur le sujets pour aider les parents et les enfants en mal de modèle familiale ?


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